La vie de l'ESA

Faire face et se préparer aux grandes mutations des métiers de l’assurance – Henri de Castries

Henri de Castries - PDG d'AXA

Vous trouverez ci-dessous une transcription (qui, bien que non littérale, se veut aussi fidèle que possible) des principales idées développées par le Président Directeur Général d’AXA, lors de la Conférence Plénière qu’il a tenue lors du Congrès 2014 de la Chambre Syndicale des Courtiers d’Assurances (CSCA),  Congrès qui a eu lieu le jeudi 5 juin 2015 au Palais Brongniart, à Paris. L’allocution d’Henri de Castries a traité du changement du monde et des comportements, et de la façon dont les assureurs (qu’il s’agisse des compagnies d’assurances ou des intermédiaires) doivent se préparer aux grandes mutations qui nous attendent dans les prochaines années, voire dans les prochaines décennies, si tant est qu’il est aujourd’hui possible de se projeter à si « long » terme…

Transcription de l’intervention d’Henri de Castries au Congrès 2014 de la CSCA sur le thème : « Faire face et se préparer aux grandes mutations des métiers de l’assurance »

Au début de son discours, Henri de Castries a rappelé que les parts de marché des plus gros assureurs mondiaux ont reculé ces 5 dernières années, tandis qu’AXA reste en tête de classement. Il a également annoncé, pour illustrer le fait qu’AXA tient compte de la redistribution des cartes qui est en train de s’opérer au niveau économique, que l’assureur français a pris une participation de 50% au capital d’une société d’assurances dommages en Chine, société qui a pour avantage d’opérer sur l’ensemble du territoire chinois.

Un monde en profonde mutation

Le Président Directeur Général (PDG) d’AXA est ensuite entré dans le vif du sujet de son allocution en insistant de façon catégorique sur le fait qu’ « il ne faut pas sous-estimer le changement du monde ». En effet, la vitesse à laquelle le monde se transforme aujourd’hui est sans précédent dans l’histoire, notamment sous l’effet des nouvelles technologies qui accélèrent considérablement la transmission des informations, et donc la rapidité des échanges.

Dès lors quelle attitude adopter face au changement ? A cette question Henri de Castries a répondu de façon tranchée : le changement « est positif si on le voit et l’anticipe », mais « il est mortifère si l’on ferme les yeux ». Il est donc crucial, pour les assureurs comme pour les courtiers, de réagir maintenant pour anticiper les évolutions à venir, car, comme l’a rappelé le PDG d’AXA « quand un changement est en train de se produire, il vaut mieux tenter de se détendre pour en profiter ».

Parmi les principaux facteurs de changement dont les assureurs doivent tenir compte, dans la mesure où ils vont impacter l’exercice de leur métier, Henri de Castries en a relevé sept, à savoir :

  • Le changement des équilibres du pouvoir économique,
  • Le changement climatique,
  • L’apparition des marchés émergents,
  • La révolution technologique,
  • Les enjeux liés à l’environnement,
  • L’urbanisation,
  • L’allongement de la durée de la vie.

Les mutations induites par ces facteurs de changements vont avoir pour effet de faire naître, chez les clients des assureurs, de nouveaux besoins de protection. Par conséquent, dans la société qui est en train d’émerger, « le risque ne va pas disparaître, mais changer de nature ». Les problèmes que les assureurs vont devoir prendre en compte seront notamment ceux de la « réduction des prestations publiques », du « développement de la classe moyenne dans les pays émergents », de l’« augmentation des catastrophes naturelles » ou encore du « vieillissement de la population ».

Epoque actuelle et Renaissance

Néanmoins, parmi tous ces facteurs de changement, la révolution technologique est, selon Henri de Castries,  l’un de ceux qui doit retenir le plus l’attention des acteurs économiques, notamment de ceux opérant dans le secteur de l’assurance. La révolution technologique est d’ailleurs l’un des aspects qui apparente la période que nous sommes actuellement en train de vivre à celle de la Renaissance.

En effet, nous assistons aujourd’hui à l’apparition de phénomènes analogues à ceux qu’ont connus nos ancêtres du XVème siècle, à savoir :

  • le bouleversement des frontières des Etats,
  • la découverte et la conquête de nouvelles terres,
  • la vulgarisation et la démocratisation du savoir.

Concernant le premier point, deux événements historiques majeurs ont eu lieu à la Renaissance : en 1453, la chute de Constantinople suite à la conquête de l’Empire Byzantin par les Turcs, et, en 1492, la prise de Grenade par les forces combinées des royaumes d’Aragon et de Castille, unies contre le Royaume musulman qui régnait alors sur la péninsule hibérique. Ces deux faits marquants ont eu pour conséquence, à l’époque, de redessiner la carte du monde  méditerranéen et de bouleverser l’équilibre des forces politiques en présence. Dans notre monde actuel, de nombreuses régions du monde sont perturbées par des révolutions ou des conflits qui perturbent la stabilité des populations vivant au sein de ces territoires. En outre, il y a aujourd’hui des groupes sociaux qui se constituent (notamment via les réseaux sociaux) et qui transcendent les frontières géographiques, rendant ainsi caduque la notion de « frontière ».

En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique : avec la prise de conscience de l’existence de ce nouveau continent, la conception du monde des européens du XVème siècle, tout en s’élargissant, est bouleversée : dans le même temps, la découverte de ce continent leur ouvre un nouveau « marché ». Selon Henri de Castries, la mondialisation est, au niveau économique, un phénomène comparable à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, puisqu’il marque un élargissement de l’horizon des entrepreneurs, en même temps qu’une occasion de se lancer à l’aventure dans des « terres inconnues ». Mais la naissance d’un « monde virtuel », avec l’apparition d’internet, peut également être comparée à la découverte d’un nouveau continent (en même temps qu’à l’ouverture d’un nouveau marché), continent que nous avons à peine commencé à explorer.

Enfin, vers 1450, Gutemberg invente l’imprimerie, procédé qui permettra une plus large divulgation du savoir, notamment auprès de la bourgeoisie (alors qu’au Moyen-Âge la connaissance des textes – consignés sur manuscrits – était surtout l’apanage des clercs et de l’aristocratie). L’invention et le déploiement d’internet a eu, dans notre monde contemporain, le même effet et le même impact (mais à une bien plus grande échelle) que la généralisation de l’imprimerie, puisque ce réseau a permis la démocratisation et la généralisation du savoir.

Après avoir fait cette succincte comparaison entre la Renaissance et les temps que nous vivons, Henri de Castries a rappelé que le XVème siècle fut aussi une période génératrice d’inquiétude et d’anxiété pour les contemporains de l’époque, qui ont dû, eux aussi, s’adapter aux nombreux changements auxquels ils ont été confrontés.

Les défis à relever pour les assureurs du XXIème siècle

Dans ce monde où tout se transforme, les assureurs vont devoir faire face à plusieurs défis.

Le premier défi à relever est celui de la révolution numérique, concernant notamment l’aspect « Big Data » (traitement pertinent de très gros volumes de données et prise de décision grâce à l’analyse des informations en recourant à l’intelligence artificielle). A ce sujet, et pour illustrer l’ampleur que représente le phénomène, Henri de Castries a rappelé quelques chiffres :

  • 67 % des personnes ayant acheté une assurance aux USA ont obtenu un devis en ligne,
  • 90 % de la quantité des données disponibles dans le monde a été créée au cours des deux dernières années,
  • 50 milliards d’objets connectés à travers le monde sont prévus d’ici 2017.

Face aux bouleversements que va engendrer la révolution numérique, les besoins de formation tout au long de la vie vont être énormes. Former leurs collaborateurs aux avancées technologiques sera le premier défi que devront relever les assureurs.

La deuxième vertu que les acteurs du monde de l’assurance vont devoir acquérir est la capacité de discernement. En effet, savoir distinguer les transformations structurelles de ce qui relève du simple effet de mode est une qualité indispensable pour surfer sur la vague du changement ; car bien évoluer nécessite de savoir prendre les bonnes décisions. Or, toute prise de décision pertinente repose, en amont, sur une évaluation correcte des situations.

En conclusion de cette première partie de son discours, Henri de Castries a affirmé que « ce sont les valeurs morales qui vont fournir une boussole pour s’orienter dans cette terre nouvelle » sur laquelle nous avons déjà posé pied.

En outre, il a posé la question suivante : « Comment vivre sereinement la transformation qui s’opère sous nos yeux, tout en allant le plus vite possible ? ». Le PDG d’AXA a décrit l’attitude émotionnelle et la tournure d’esprit qu’il faut acquérir pour tirer profit des grandes périodes de changement, à travers deux citations :

  • « Quand un changement est en train de se produire, il vaut mieux tenter de se détendre pour en profiter »
  • « Le cerveau d’un enfant doit être une chandelle qu’on allume, et non une cruche qu’on remplit » (Montaigne)

Quel est l’avenir du courtier dans ce nouveau monde ?

Henri de Castries a commencé la dernière partie de son discours en posant la question suivante : « Quel est l’avenir du courtier ? ». Pour lui, la réponse est sans ambiguïté : « Les courtiers d’assurance ont un avenir s’ils acceptent de changer ». Car le courtier qui refusera de changer ira au devant des plus grandes difficultés.

Pour que le courtier puisse prendre sa place dans le nouvel environnement qui est en train de se dessiner, il faut :

  • qu’il apporte de la valeur ajoutée dans ses prestations,
  • qu’il ait un modèle économique transparent,
  • qu’il acquiert et utilise un équipement technologique performant.

En rappelant que des « concurrents peuvent s’infiltrer et menacer les sociétés établies en s’introduisant dans un élément de la chaîne de valeur », le Président Directeur Général d’AXA a insisté sur la nécessité pour le courtier de « centrer son approche sur le client, et non sur les produits ».

Quand aux petits cabinets de courtage, ils ont également leur place dans ce nouvel écosystème, tout comme, dans l’écosystème naturel, « les petits animaux ont leur place à côté des plus gros, et à côté des dinosaures ». « Les seules limites se trouvent dans le mental » a rappelé Henri de Castries, tout en ajoutant : « Si on a envie de comprendre et de trouver des solutions, les affaires vont tout simplement exploser ».

Les courtiers d’assurance s’exposent néanmoins à un risque majeur s’ils refusent de voir et d’anticiper les effets du passage  à l’ère du numérique et du digital. Par conséquent, selon le Président Directeur Général d’AXA, « il est inconcevable que les courtiers ou les agents généraux n’aient pas de page Facebook ». Dans les années à venir, il est donc indispensable que les courtiers, tout comme les agents généraux, s’équipent d’une page Facebook, et se forment aux nouveaux moyens de communication digitaux, pour ne pas perdre la relation avec leurs assurés.

Propos recueillis par Benoît DOS

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