La vie de l'ESA

La France est-elle (re)devenue compétitive ?

Depuis la période estivale, les médias n’ont eu de cesse de rappeler que la rentrée de septembre 2014 sera compliquée, et pour le gouvernement et pour les français, notamment en raison de la conjoncture économique difficile. Mais ce qui semble aujourd’hui inquiéter le plus les économistes, c’est le manque de compétitivité de notre pays, qui entraîne un recul de la place de la France dans le commerce international.

Dans cet article initialement publié sur le blog des Echos, l’auteur, François Saint-Cast (professeur d’économie à l’Ecole Supérieure d’Assurances), développe une analyse visant tout d’abord à mettre en évidence et à définir les critères permettant d’évaluer la compétitivité d’un pays, puis, sur la base de ces critères, d’évaluer la place de la France par rapport à ses voisins européens, et plus particulièrement par rapport à l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni.

L analyse de François Saint-Cast fait appel à deux notions essentielles, à savoir la « compétitivité coût » et la « compétitivité hors-coût ».

Communément, la « compétitivité coût » fait référence à la stratégie des entreprises ou des pays qui visent à pénétrer et à dominer un marché en faisant baisser le prix d’un produit ou d’un service par rapport à celui auquel les concurrents proposent le produit ou le service équivalent. Pour faire baisser le prix du produit ou du service, les acteurs en question jouent essentiellement sur les coûts de production (notamment sur le coût du travail), mais peuvent également jouer sur les taux de marge ou sur le taux de change de la monnaie nationale. Puisque ce type de compétitivité vise à se différencier sur un marché par les bas prix pratiqués (stratégie mise en œuvre par tous les modèles « low cost »), on parle alors de « compétitivité par le bas ».

La définition que les experts économistes donnent de la notion de « compétitivité coût » est cependant plus précise.

A propos de la compétitivité coût, le site de l’INSEE explique qu’elle « compare l’évolution des coûts salariaux unitaires de la France (évolution du coût du travail corrigée de celle de la productivité) à celle de ses partenaires. Le poids donné à chacun des partenaires mesure la concurrence exercée par celui-ci sur chacun des marchés d’exportation de la France. Il prend en compte l’importance du marché pour la France (mesurée par son poids dans ses exportations) et la part détenue par le concurrent sur ce marché. » (source : INSEE : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/competitivite-cout-prix.htm).

A propos des coûts unitaires de main-d’œuvre, l’OCDE explique qu’ils « mesurent le coût moyen de la main-d’œuvre par unité produite. Ils sont égaux au ratio entre les coûts totaux de la main-d’œuvre et la production en volume ou de façon équivalente, au ratio entre les coûts moyens de la main-d’œuvre par heure travaillée et la productivité du travail (production horaire). »

Dans son article, François Saint-Cast rappelle simplement que la compétitivité coût « est mesurée par le rapport de la valeur ajoutée au coût de la main d’œuvre ».

La « compétitivité hors-coût », quant à elle, se présente de façon générale comme une stratégie visant à séduire le client (et donc à déclencher l’acte d’achat) en jouant sur d’autres critères que le prix : l’idée est d’optimiser, dans l’esprit du prospect, le rapport qualité/prix en valorisant l’aspect « qualité » du produit. L’aspect « qualité » (ou « valeur client ») se valorise généralement par l’innovation (nouvelles technologies, nouveaux usages, rupture, besoins latents…), la qualité, entendue au sens large (service, fiabilité, durabilité, conformité…) et la différenciation produit (performances, fonctionnalités, sophistication, épuration…). Comme ce type de compétitivité porte les entreprises à concentrer leurs efforts commerciaux, non sur le prix, mais sur la qualité des biens ou des services, on parle alors de « compétitivité par le haut ».

Dans son analyse, François Saint-Cast lorsqu’il fait référence à la compétitivité hors-coût, en retient une autre définition. Pour lui, la « compétitivité hors-coût », si nous voulons en faire un indicateur économique, se présente comme « la part de la valeur ajoutée des activités exportables dans la valeur ajoutée totale. ». Comme l’auteur le rappelle, cet indicateur permet d’évaluer la dotation d’un pays en facteurs de production, puisqu’un « pays ne peut exporter que ce qu’il produit ».

Pour conclure cette introduction, deux voies s’offraient à la France pour retrouver une certaine place au sein du commerce international : soit s’engager dans la bataille de la « compétitivité coût », soit opter plutôt pour un engagement dans la « compétitivité hors-coût ». Lorsqu’Arnaud Montebourg a pris la tête du Ministère du Redressement Productif, il s’était clairement prononcé en faveur d’un engagement de la France dans la voie de la « compétitivité hors-coût ».

S’agissait-il d’un bon choix ? Très certainement, car, d’une part, la France ne peut aucunement rivaliser, sur leur terrain, avec des pays comme la Chine, très fortement engagés sur la voie de la « compétitivité coût », mais aussi parce que la « compétitivité hors-coût », en mettant l’accent sur la recherche et développement, contribue fortement à l’évolution et au progrès scientifique et technique d’un pays. Or, la France a de grands atouts dans ce domaine, sur lesquels il était juste de miser.

En revanche, les objectifs fixés au moment de l’élection de François Hollande ont-ils été atteints, deux ans après l’application des grandes lignes politiques fixées par la nouvelle majorité ? La réponse se trouve dans l’étude de François Saint-Cast.

Cependant, pour tempérer les conclusions de l’étude, n’oublions pas que la stratégie de développement par le biais de la « compétitivité hors-coût » est plus longue à déployer ses effets puisqu’elle suppose que les entreprises investissent d’abord dans l’innovation, entendue au sens le plus large : R&D mais aussi design, formation du personnel, service au client, marketing…

Il faut donc espérer que les choix stratégiques qui ont été pris depuis quelques années par la plupart des entreprises françaises auront été judicieux…

N.B. : Cet article est suivi d’un glossaire. Les astérisques insérés dans le corps du texte renvoient aux termes définis dans le glossaire.

France, compétitivité en berne !

Depuis quelques décennies la France, hormis quelques productions très spécialisées, disparaît progressivement du paysage du commerce international. Une comparaison avec l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni illustre ce propos.

Comment mesurer la compétitivité ? Chacun s’accorde à distinguer entre compétitivité coût et compétitivité hors coût. La difficulté est de trouver des indicateurs pour traduire cette distinction. Ici on procède comme suit :

  1. La compétitivité hors coût est mesurée par la part de la valeur ajoutée des activités exportables dans la valeur ajoutée totale. Cet indicateur a été choisi pour rendre compte de la dotation en facteurs de production. En effet, un pays ne peut exporter que ce qu’il produit. La structure de la production est donc une information indispensable pour comprendre les performances du pays sur les marchés internationaux. Les activités sont divisées en biens exportables (agriculture sylviculture pêche, industrie hors construction branches A et B à E) et en services (information communication banques et assurances branche J).
  2. La compétitivité coût en valeur est mesurée par le rapport de la valeur ajoutée* au coût de la main d’œuvre. (Hors agriculture pour laquelle le prix des intrants est primordial). Cet indicateur permet de rendre compte du rapport de la productivité unitaire du travail à son coût unitaire. Cet indicateur permet de plus d’éviter la difficulté de la mesure du temps de travail effectif.
  3. Les performances sont mesurées d’une part, par les exportations de biens et de services en euro par habitant et d’autre part, par le solde de la balance commerciale* (Biens) et le solde des transactions courantes* (services).

Les données sont celles du 3ème trimestre 2013 (Eurostat)

Commençons par les performances sur les biens.

Graphe 1 :

Les exportations de biens 2013

Comme on le constate sur le premier graphique les exportations allemandes sont florissantes et dominent largement celles des autres pays. L’Italie se place deuxième, talonnée par la France

Graphe 2 :

Part des biens exportables dans la valeur ajoutée totale - 2013

Ces différentes performances tiennent plus à la dotation en facteur de production qu’à la compétitivité coût. En effet la part des activités de biens susceptibles d’être exportés s’élève, pour l’Allemagne, à plus de 26% de la valeur ajoutée totale alors qu’elle plafonne autour de 20% pour l’Italie et l’Espagne (proche de la moyenne de l’UE). La France et le Royaume-Uni se situent en dessous des 15% ce qui confirme la désindustrialisation de ces deux pays. Depuis le 1er trimestre 2000 la part de l’Allemagne passe de 25% à plus de 26% pendant que la France passe de 20% à moins de 15% et que les autres pays perdent eux-aussi entre 5 et 6 points.

Graphe 3 :

Biens exportables - Valeur ajoutée pour 1 euro de coût du travail 2013

Mise à part l’Espagne où le coût de la main d’œuvre est particulièrement bas les autres pays se situent dans un écart de quelques centimes d’euros, le rapport valeur ajoutée sur coût de la main d’œuvre n’apparaît pas être décisif. Mais l’évolution est assez inquiétante. Depuis le 1er trimestre 2000, ce rapport Valeur ajoutée sur coût de la main d’œuvre a gagné 15% en Allemagne, 23% en Espagne pendant que pour la France le rapport perdait 10%, la perte est de 15% pour l’Italie et le Royaume-Uni.

Si aujourd’hui, il ne semble pas y avoir de grands écarts dans le rapport valeur ajoutée sur coût de la main œuvre, il y a en a lorsqu’on regarde la rentabilité d’exploitation (excèdent brut d’exploitation* sur valeur ajoutée brute*) : l’industrie manufacturière est 1.3 fois plus rentable en Allemagne qu’en France, le rapport passe à 1.5 pour l’Italie et l’Espagne, et plus de deux fois pour le Royaume-Uni.

Graphe 4 :

Solde balance des biens 2013

L’ensemble de ces points explique la balance commerciale* par habitant des différents pays avec l’Allemagne en tête l’Italie qui suit, puis l’Espagne, la France et le Royaume-Uni qui ferme la marche

Graphe 5 :

Les exportations de services 2013 par habitant

Passons aux services, pour lesquels la hiérarchie n’est pas la même. Si les allemands sont les champions de l’industrie les britanniques le sont pour les services. Même si les écarts sont moins nets

Graphe 6 :

Part des services exportables dans la valeur ajoutée totale - 2013

Les écarts étant moins importants, la dotation en facteurs c’est-à-dire la part de la valeur ajoutée de services exportables dans la valeur ajoutée totale paraît moins explicative des performances, à l’exception du Royaume-Uni. Cet indicateur reste remarquablement stable de 2000 à nos jours. Le Royaume-Uni est passé de 12 à 14%, l’Allemagne a perdu 1 point, les autres pays n’ont pratiquement pas bougé.
La compétitivité coût mesurée par le rapport de la valeur ajoutée au coût de la main d’œuvre présente des écarts plus importants que pour la production des biens, mais ceux-ci restent modérés.

Graphe 7 :

Services exportables - Valeur ajoutée pour 1 euro de coût du travail - 2013

L’Italie se distingue par un ratio plus élevé, mais cela n’influe pas sur ses exportations même si on peut imaginer que cela puisse lui permettre de résister sur son marché intérieur comme le laissent suggérer les performances en termes de balance des transactions sur les services.

Graphe 8 :

Solde balance des services 2013

En euro par habitant le podium est Espagne, Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne

Au total on s’aperçoit que sur les cinq pays seule l’Italie a une balance excédentaire tant sur les biens que sur les services. L’Allemagne compense largement son déficit sur les services par son excédent sur les biens, l’Espagne compense de manière inverse son déficit sur les biens par son excédent sur les services. Ces trois pays sont globalement excédentaires l’Allemagne sur un rythme d’environ 442€ par habitant et par trimestre, l’Espagne de 232€, l’Italie de 201€. La France et le Royaume-Uni sont déficitaires respectivement de 77€ et 276€ par habitant par trimestre. La France détient en outre, le déplorable record du plus mauvais rapport valeur ajoutée sur coût sur les services comme sur les biens et de la plus faible rentabilité d’exploitation.

François Saint-Cast

Professeur à l’Ecole Supérieure d’Assurances

Auteur d’études économiques et d’articles sur le site des Echos

Glossaire

Valeur ajoutée

« La valeur ajoutée sert à désigner le supplément de valeur qu’une entreprise, grâce à son activité, est capable d’apporter à un bien ou à un service provenant d’un tiers. La valeur ajoutée se présente donc comme un indicateur économique de la création de richesse d’une entreprise. Elle sert notamment de base au calcul de la TVA et à la mesure du PIB (Produit Intérieur Brut) d’un pays.

Valeur ajoutée : le calcul

Valeur ajoutée = valeur de la production – consommation intermédiaire. » (source : http://www.journaldunet.com/business/pratique/dictionnaire-economique-et-financier/15158/valeur-ajoutee-definition-calcul-traduction.html)

« Solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire. » (source :INSEE)

Valeur ajoutée brute

« On appelle valeur ajoutée brute le calcul de la valeur ajoutée qui ne tient pas compte de cette usure des biens d’équipement (on parlera de profit brut, comme on parle couramment de  produit intérieur brut, le fameux PIB qui correspond à la somme de toutes les richesses produites dans le pays par tous les agents économiques). On parlera de valeur ajoutée nette si on déduit les dotations aux amortissements des équipements utilisés pour la production. » (source : http://www.lafinancepourtous.com/Decryptages/Dossiers/Comptes-de-l-entreprise/Partage-de-la-valeur-ajoutee-et-partage-des-profits/Valeur-ajoutee-qu-est-ce-que-c-est)

Balance commerciale / Solde de la balance commerciale

« La balance commerciale est la différence, en termes de valeur monétaire, entre les exportations et les importations de biens ou de biens et services (cela dépend du pays) dans une économie sur une période donnée. […]

Le solde de la balance commerciale est la différence entre les valeurs des exportations et des importations de biens et de services. Une balance commerciale positive signifie que le pays exporte plus de biens et services qu’il n’en importe : on parle alors d’« excédent commercial » ou de « balance excédentaire ». Quand elle est négative, on parle de « déficit commercial ».» (source : Wikipedia – Balance commerciale)

Solde des transactions courantes

« La balance des transactions courantes regroupe les échanges de marchandises, les échanges de services, les flux de revenus et les transferts courants entre la France et le reste du monde.

C’est une partie de la balance des paiements qui regroupe l’ensemble des opérations réalisées entre un résident et un non résident dans une période donnée (le mois, le trimestre ou l’année).

La balance des transactions courantes regroupe donc la balance commerciale (les marchandises) et la balance des services (services, revenus et transferts courants). »  (source : http://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/balance-des-transactions-courantes.html)

Rentabilité

« La rentabilité représente le rapport entre les revenus d’une société et les sommes qu’elle a mobilisées pour les obtenir. Elle constitue un élément privilégié pour évaluer la performance des entreprises. Les analystes économiques distinguent deux types de rentabilité : économique et financière.

Le calcul de la rentabilité financière ne prend en compte (dans les sommes mobilisées) que les capitaux propres. Il permet ainsi d’appréhender la capacité à dégager des profits des seuls capitaux apportés par les actionnaires. À l’inverse, le calcul de la rentabilité économique est essentiellement destiné aux investisseurs financiers puisqu’il intègre (dans les sommes mobilisées) l’ensemble de la dette financière de l’entreprise.

Rentabilité : le calcul

Rentabilité économique = (résultat d’exploitation – impôts sur les bénéfices) / (capitaux propres + dette financière)

Rentabilité financière = (résultat d’exploitation – impôts sur les bénéfices – intérêts versés aux dettes financières) / capitaux propres »

(source : http://www.journaldunet.com/business/pratique/dictionnaire-comptable-et-fiscal/15128/rentabilite-definition-calcul-traduction.html)

Excédent brut d’exploitation

« L’excédent brut d’exploitation (EBE) indique la rentabilité du système de production d’une entreprise. Connaître l’excédent brut d’exploitation est indispensable pour toute entreprise, car il permet de confronter le chiffre d’affaires hors taxes avec tous les frais engagés pour produire. Si l’EBE est positif, cela signifie que l’entreprise vend plus cher qu’elle ne produit. Si à l’inverse il est négatif, l’entreprise perd de l’argent. L’EBE ainsi obtenu peut être comparé avec les capitaux investis afin de déterminer la rentabilité d’un investissement. L’EBE se rapproche de l’EBITDA.

Excédent brut d’exploitation : le calcul

Excédent brut d’exploitation (EBE) = chiffre d’affaires hors taxes – montant des achats hors taxes de biens (matières premières, marchandises) – montant des achats hors taxes de services (énergie, loyer, primes d’assurances, conseil juridique, comptabilité, etc.) – impôts et taxes – coût de la masse salariale »

(source : http://www.journaldunet.com/business/pratique/dictionnaire-comptable-et-fiscal/15062/excedent-brut-d-exploitation-ebe-definition-calcul-traduction.html)

Article intéressant en complément portant sur le choix stratégique entre compétitivité coût ou compétitivité hors-coût

Faut-il choisir entre compétitivité cout ou hors coût ?

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