La vie de l'ESA

Le reporting au service de la gouvernance à l’ère Solvabilité II

Beaucoup d’experts s’étant spécialisés dans les questions relatives à Solvabilité II insistent sur la manière dont cette contrainte réglementaire va se transformer en outil de pilotage de l’entreprise. Dans une interview accordée à l’Argus, Christophe Eberlé, Président d’Optimind Winter, va jusqu’à écrire : « Quand l’Orsa et les tableaux de bord fonctionnent bien, on a l’ivresse que donne le pilotage d’un A380 ».

Dans cette interview, Anaïd Chahinian, directrice du pilotage économique du groupe Macif, rappelle cependant qu’il est peu probable que l’entreprise ne soit gouvernée à l’avenir qu’à travers le prisme de Solvency II, et qu’il faudra se poser les bonnes questions concernant la manière dont les informations issues du reporting devront venir alimenter l’AMSB (Administrative Management or Supervisory Board – regroupant la Direction Générale et le Conseil d’Administration).

Anaïd Chahinian (groupe Macif) : «Le pilotage ne se fera pas uniquement avec les concepts Solvabilité 2»

  • Que change Solvabilité 2 dans le pilotage économique de la Macif ?

Nous allons basculer dans un monde caractérisé par un reporting réglementaire quasi continu. Cela va profondément changer le quotidien des équipes comptables et actuarielles, qui seront dorénavant perpétuellement en clôture. Le temps consacré à l’analyse sera forcément restreint au profit de la réalisation des calculs. Pour pouvoir respecter les délais contraignants imposés par Solvabilité 2, nous ne pouvions continuer ni avec les mêmes outils, ni avec les mêmes méthodes. Nous avons donc tout remis à plat, avec comme cible la date du 1er janvier 2016. En réalité, tout va changer : nos outils de consolidations, nos méthodes de calcul, la date d’extraction des données… Nous allons notamment devoir nous baser sur des estimations, alors que jusqu’ici nos indicateurs financiers étaient arrêtés à partir de données réelles. C’est un bouleversement majeur de philosophie. C’est à la fois un changement d’état d’esprit et une révolution dans l’organisation du travail. Cela a également impliqué d’importants travaux sur la gouvernance, car du fait de la nature mutualiste de la Macif, nous devons passer par de nombreuses étapes de validation avant de présenter nos comptes et nos rapports à nos instances dirigeantes.

  • Comment comptez-vous vous adapter à cette révolution ?

Présenter des chiffres dans la norme Solvabilité 2 à un conseil d’administration, ce n’est pas du tout la même chose que sous Solvabilité 1. Des séances de formation ont donc été nécessaires, de façon à familiariser les administrateurs Macif avec les nouveaux concepts et indicateurs. Nous avons déjà de bons niveaux d’échange avec les membres des comités d’audit et des risques. Cela étant dit, le pilotage ne se fera pas exclusivement avec les concepts Solvabilité 2. Nous continuerons à utiliser certains indicateurs actuels, car ils se sont avérés robustes mais surtout car le pilotage d’une entreprise d’assurance ne se résume pas à la gestion de son capital. C’est par exemple le cas du ratio combiné ou d’autres indicateurs parfois qualitatifs nous permettant de suivre les différents aspects de nos activités. D’ailleurs, l’Orsa ne fait pas strictement appel à des notions issues de Solvabilité 2, mais repose sur les indicateurs qui auront été définis en interne afin notamment de suivre l’appétit au risque sur l’horizon du business plan. Tout cela n’est pas incompatible, bien au contraire.

  • Pensez-vous malgré tout que le pilotage économique sera plus efficace dans l’environnement Solvabilité 2 ?

Il n’est ni pertinent ni utile d’inonder les dirigeants avec une quantité ingérable d’informations : cela ne les aidera pas à prendre de meilleures décisions. Pour moi, tout l’enjeu sera précisément de leur fournir le bon reporting décisionnel, avec les informations les plus pertinentes, alors que parallèlement les équipes devront déployer une énergie considérable pour fournir l’intégralité des données exigées afin d’être en conformité avec les nouvelles exigences réglementaires.

Anaïd Chahinian

Directrice du pilotage économique du groupe Macif

Interview parue dans le dossier consacré à Solvabilité II dans le numéro 7419 (10 juillet 2015) de L’Argus de l’Assurance

Les commentaires de cet article sont fermés.