La vie de l'ESA

Vers un modèle de retraite anglo-saxon ?

Dans cet article, paru dans La Tribune le vendredi 28 juin 2013, Sylvain Rousseau, Directeur du département prévoyance santé, retraite et avantages sociaux chez Towers Watson, en évoquant la possibilité d’intégrer le principe de capitalisation dans notre système de retraite, répond à la question suivante : « Va-t-on en France vers un modèle de retraites anglo-saxon ? ».

Retraites : ne faisons pas l’économie de la capitalisation !

Pour Sylvain Rousseau, directeur du département prévoyance santé retraites chez Tower Watson, l’idée d’un troisième étage de retraite par capitalisation demeure le parent pauvre du débat sur les retraites lancé lors de la deuxième conférence sociale. Pourtant, il estime que les instruments existent et qu’un vaste effort de pédagogie serait nécessaire auprès des jeunes actifs et des travailleurs aux salaires les plus bas pour les aider à épargner. Une responsabilité qui, selon lui, incombe aussi aux entreprises.

La réforme des retraites n’est ni de droite ni de gauche, répètent nombre de politiques. Et ils ont raison pour deux raisons simples. Si l’on prend cette distance avec le débat politicien, on peut affirmer que le régime par répartition ne disparaîtra jamais, car il fait partie intégrante de notre système social. Mais on peut aussi dire que l’on sait déjà qu’il ne suffira plus, à horizon 2020, pour assurer les retraites des salariés. On a donc absolument besoin d’un étage par capitalisation pour assurer la stabilité de la fusée retraite à long terme. La question est dès lors de savoir sous quelle forme organiser ce supplément de retraite. Or, pour protéger ce patrimoine vital pour les salariés que sont les pensions de retraite, sans dégrader le pouvoir d’achat des consommateurs, c’est-à-dire en maintenant les niveaux de revenus actuels, on ne pourra faire l’économie de nouveaux efforts d’épargne.

Deux populations salariales menacées

Alors, pourquoi ne pas poser le débat dès maintenant : l’entreprise, elle aussi, doit – mais surtout, peut – collecter pour la collectivité et venir compléter le système actuel de nos retraites. La vérité démographique est implacable : une personne sur deux de la génération 1950 atteindra les 92 ans et une personne sur deux les 100 ans pour ceux de la génération 1990. Si l’épargne est bien souvent en France pensée de façon individuelle, comment faire en sorte que demain, l’entreprise joue pleinement son rôle collectif pour permettre à chacun de se constituer son épargne retraite, qui viendra financer le supplément indispensable à nos retraites individuelles?

Deux populations salariales sont en priorité concernées par cette question. S’agissant des jeunes actifs, épargner sur son salaire pour constituer progressivement un capital significatif qui pourra compléter sa future retraite demande une participation régulière qui doit être imaginée sur le temps long, dès 30 ou 35ans. En ce qui concerne les travailleurs aux salaires les moins élevés, leur pouvoir d’achat étant de fait restreint, il devient encore plus nécessaire pour eux de se constituer un patrimoine à même de financer dans l’avenir leur retraite.

Un travail de pédagogie à conduire auprès des salariés

Épargne salariale, actionnariat salarié, CET, Perco, article 83 : une légion de véhicules d’épargne existe dans les entreprises françaises, permettant à leurs salariés de se constituer un capital pour l’avenir. Mais trop souvent, ces dispositifs sont méconnus, sous-utilisés ou demeurent l’apanage des cadres dirigeants, ou des grandes entreprises, qui paradoxalement sont ceux qui ont le moins de difficultés à faire croître leur patrimoine individuellement. Il convient désormais de penser la généralisation de l’utilisation de ces outils, bien souvent utilisés pour la consommation courante! Mais pour que tout cela devienne réalité, il reste un vrai travail de pédagogie à conduire auprès des salariés pour les accompagner dans ces évolutions, notamment au sein des petites et moyennes entreprises.

Aujourd’hui, l’enjeu est clair et personne ne peut le nier. Il faut arrêter de réfléchir en termes de salaires mais envisager ces questions en pensant rémunération globale! Les partenaires sociaux ont tout intérêt à porter ce message pour faciliter la mise en place des régimes de retraite au sein des entreprises, car c’est le meilleur moyen de pérenniser et sécuriser l’avenir de tous les salariés, et pas seulement les plus favorisés : que ce soit au niveau national avec les retraites complémentaires ou bien, au niveau des branches, au travers de la mise en œuvre des « formats prédéfinis » comme le Pere (plan épargne retraite d’entreprise) ou les Percoi (plan d’épargne pour la retraite collective interentreprises). Reste à définir à quel niveau placer le curseur pour que l’effort réel demandé au salariat devienne un vrai investissement pour financer leur patrimoine futur et ainsi leur assurer des retraites satisfaisantes.

Les avantages de l’épargne retraite collective

Or, il ne faut pas se mentir : en dessous d’un taux de cotisation significatif, disons au moins 3%, difficile de mettre en place un complément de retraite digne de ce nom. Ainsi, par exemple, vingt ans d’épargne à 5% du salaire permettent la constitution d’un taux de remplacement de 5% du salaire de fin de carrière; et 5% du salaire pendant quarante ans donnent 10% de taux de remplacement. L’épargne retraite collective offre des avantages pour des salariés tels que celui de bénéficier de frais plus bas (en moyenne deux à trois fois moins élevés que dans les banques de réseau), d’un contrôle de la rentabilité des gestionnaires, et d’un suivi du risque d’insolvabilité des établissements financiers, ainsi que des méthodes de calcul donnant lors de leur liquidation des rentes plus élevées que celle des souscriptions individuelles. L’entreprise, en collectant une complémentaire retraite collective, participerait efficacement au financement des retraites individuelles.

Les entreprises et les partenaires sociaux vont devoir faire des choix mais pour prendre les bonnes décisions, il faut réfléchir en termes de rémunération globale. Si l’on fait l’économie de cette discussion entre les partenaires sociaux, on ne réglera pas complètement la question! L’État ne peut pas tout, les entreprises ont un rôle à jouer dans le financement de nos retraites, un rôle complémentaire certes, mais indispensable, et les partenaires sociaux, un effort de pédagogie à mener! À eux, à présent, de se retrouver autour de la table des négociations pour poser la question de la rémunération globale afin de l’orienter vers celle des retraites. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’on pourra trouver les conditions de succès des retraites complémentaires pour consolider le premier patrimoine des Français : leur retraite!

*Sylvain Rousseau est directeur du département prévoyance santé retraite et avantages sociaux chez Towers Watson

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