La vie de l'ESA

Le pilier 3 de Solvabilité II dans l’entreprise d’assurance

Solvabilité II est à la fois une exigence réglementaire et un outil de pilotage de l’entreprise qui va s’imposer dans les mois qui viennent à l’ensemble du paysage assurantiel européen. La norme Solvency II, on le sait, rend co-responsables la Direction Générale et le Conseil d’Administration (AMSB), vis-à-vis du régulateur, de la gestion de la compagnie, et de la manière dont celle-ci s’expose aux risques sans compromettre sa marge de solvabilité (Pilier 2). Elle exige également la production d’un reporting régulier, dont l’objectif est de surveiller en quasi-temps réel l’état de l’entreprise « sous l’angle Solvabilité II », et d’alerter l’AMSB dès que des signaux faibles sont détectés (Pilier 3).

La qualité du reporting est donc déterminante pour un pilotage correct de l’entreprise. Mais pour que le reporting soit lui aussi efficient, il faut que les données servant à son élaboration soient recueillies avec soin depuis le terrain, tant sur un plan quantitatif que qualitatif. Or, pour ce faire, il faut que les collaborateurs soient formés à penser dans la logique de Solvabilité II ou, pour reprendre les termes de Marie Grison, Directrice des Risques Groupe de CNP Assurances, il est indispensable de « Déployer la culture Solvabilité 2 au plus près des collaborateurs ».

Dans cet article, Marie Grison livre sa vision de la manière dont Solvabilité II doit être diffusé dans l’entreprise, et dont le reporting impacte la gouvernance de l’entreprise.

Marie Grison (CNP Assurances) : «Déployer la culture Solvabilité 2 au plus près des collaborateurs»

  • A six mois de l’entrée en vigueur de Solvabilité 2, quel est selon vous le principal défi pour l’assurance en France ?

Le défi le plus important est de passer d’un mode projet à un mode industriel. Cela suppose, comme prérequis, de sécuriser la qualité de production des données et de réduire les délais, et donc de disposer d’outils informatiques compétitifs, susceptibles d’embarquer l’ensemble du système d’information. Car tout l’enjeu, pour une direction des risques, est de disposer d’un délai de sécurité suffisant pour l’analyse des résultats.

  • Cet effort d’industrialisation est donc vertueux ?

Il va nous permettre de mieux valoriser la production réglementaire à des fins d’analyse du risque. Pour ce faire, il faut déployer la culture Solvabilité 2 au plus près des collaborateurs. Cela suppose une approche ciblée, afin d’impliquer les directions métier pour qu’elles s’approprient les données et que l’on puisse échanger de façon constructive sur les résultats. Il est en effet crucial d’associer les métiers aux analyses des variations des différents indicateurs, de façon à pouvoir disposer, ensemble, d’un meilleur regard critique.

  • Comment garantir une bonne appropriation des différents concepts à tous les niveaux de l’entreprise ?

Si l’on veut que Solvabilité 2 soit au coeur du pilotage de l’entreprise, avec l’appréciation, pour chaque affaire souscrite, de la rentabilité espérée par rapport à une consommation de risque, il faut aussi accepter un certain niveau de simplification afin de permettre une utilisation au quotidien. Ces choix de simplification sont un véritable challenge pour une direction des risques. Cela suppose de pouvoir disposer d’outils simples, d’avoir mené un travail normatif et de ne pas disposer d’un unique thermomètre. Mais j’en suis convaincue, ce n’est que si Solvabilité 2 est utilisé au quotidien qu’il sera au coeur de l’entreprise. Il faut donc des échanges permanents entre la direction des risques et les directions métier, de façon à pouvoir expliquer aux opérationnels les évolutions du capital consommé, leur restituer les données, et ainsi partager des tableaux de bord communs d’évolution des risques. Solvabilité 2 n’est pas qu’une affaire de sachants : il faut en faire un véritable outil d’aide au pilotage de l’entreprise.

  • Les nouvelles métriques issues de Solvabilité 2 améliorent-elles vraiment le pilotage ?

Elles sont essentielles mais elles doivent être complétées. Dans une industrie en mutation comme l’assurance, dans un contexte de taux d’intérêt bas, l’analyse du couple rentabilité / risque est cruciale. Mais elle doit être réalisée suffisamment finement pour avoir tout son intérêt. L’analyse du risque ne peut être cantonnée à l’utilisation d’une seule métrique. Il nous faut donc, mieux encore, utiliser certaines données brutes en amont des outils de modélisation. Le travail considérable effectué à l’occasion de la mise en place de Solvabilité 2 peut nous permettre d’utiliser davantage d’indicateurs avancés permettant de capter les signaux faibles, en complément des métriques retenues pour le calcul des exigences de capital, parfois très agrégées.

Marie Grison

Directrice des Risques Groupe de CNP Assurances

Interview parue dans le dossier consacré à Solvabilité II dans le numéro 7419 (10 juillet 2015) de L’Argus de l’Assurance

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