La vie de l'ESA

Les assureurs, des champions de taille engagés dans la transition énergétique

Alors qu’il y a encore dix ans, le « climato-scepticisme » était globalement l’attitude dominante dans les milieux politiques et d’affaires, cette posture est aujourd’hui largement, majoritairement et mondialement condamnée par l’ensemble des principaux acteurs représentatifs des sociétés : en effet, la classe politique, le monde de l’entreprise et la société civile convergent pour reconnaître que le climat est devenu un, sinon LE sujet majeur du XXIème siècle.

Car l’alternative est simple : soit l’humanité doit s’engager collectivement à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter le réchauffement planétaire à un maximum de 2°C d’ici 2100, soit – au cas où elle ne parviendrait pas à relever ce défi – elle doit se faire à l’idée qu’elle vivra dans une planète quasi « inhabitable » (du fait, entre autres, de la multiplication des événements climatiques extrêmes), voire qu’elle ne passera peut-être pas le cap du XXIIème siècle… affirmation qui fait froid dans le dos, mais qui n’est malheureusement, ni exagérée, ni sans fondement !

Ce constat, en même temps qu’il a donné aux messages des lanceurs d’alertes sur le climat une audience encore inimaginable au début des années 2000, a permis de dénoncer l’irresponsabilité, voire la dangerosité pour l’avenir de notre planète des « climato-sceptiques ».

Par conséquent, si l’urgence qu’il y a à changer de modèle énergétique, donc économique (puisque notre système économique actuel est entièrement fondé sur les énergies fossiles), est désormais indubitable, se pose la question de savoir comment cette transition d’une « économie carbonée » à un « système de développement durable » (basé sur les énergies renouvelables) va pouvoir se faire en un temps court.

Les grands penseurs et les spécialistes qui se sont penchés sur la question s’accordent à dire que, si l’impulsion de changer de modèle énergétique peut et doit sans doute provenir de décisions politiques, l’application de ces décisions ne peut se faire sans le concours des entreprises (qu’il s’agisse des grands groupes, ou bien des PME-PMI) et de la société civile. Car c’est à la fois en changeant les modèles économiques des entreprises et les processus d’organisation du travail que la transition énergétique « prendra racine » au cœur-même de notre développement économique, et en changeant consciemment nos modes de vie et de « consommation », que la notion de développement durable « prendra corps » dans nos vies quotidiennes.

Les assureurs, qui font clairement partie des représentants du monde de l’entreprise, ont également une position privilégiée vis-à-vis non seulement des autres sociétés, mais aussi de la société civile. En effet, ils fournissent, d’une part, par leurs investissements, « l’énergie financière vitale » permettant à de vastes projets de se développer : ils représentent donc un formidable levier permettant d’orienter dans une direction bien précise le développement des économies et des sociétés. D’autre part, dans la mesure où l’assurance fait partie du quotidien de l’écrasante majorité des citoyens, les assureurs peuvent, par le biais d’offres commerciales ou promotionnelles bien pensées, ou encore par la délivrance de services pertinents aux personnes (physiques ou morales) adoptant une attitude jugée « vertueuse », influer sur les comportements des citoyens, et donc contribuer à changer le visage de la société civile.

Compte tenu de leur position officielle actuelle, les assureurs apparaissent bien comme des champions de taille engagés dans la transition énergétique.

Quels moyens d’action les assureurs ont-ils pour contribuer favorablement à la réduction de la « dette entropique » (responsable du dérèglement climatique) ? Et surtout, comment les assureurs envisagent-ils d’agir, compte tenu des valeurs et des idées qu’ils défendent, par rapport à la question du climat ?

C’est à ces questions que répond cet article de Laura Fort, paru dans le numéro 207 de novembre 2015 de La Tribune de l’Assurance.

Les assureurs peuvent-ils refroidir la planète ?

Par Laura Fort, journaliste à La Tribune de l’assurance

Les assureurs, des champions de taille engagés dans la transition énergétique
S’ils ne sont pas invités à participer à la COP21, les assureurs n’en sont pas moins des interlocuteurs incontournables pour les décideurs politiques. Ils entraînent dans le sillage de leurs démarches vertueuses les particuliers, les professionnels mais aussi les entreprises dans lesquelles ils investissent.

« Le climat va-t-il changer le capitalisme ? » (éditions Eyrolles, juin 2015). Et le capitalisme peut-il changer le climat ? Certes, les assureurs n’ont pas de siège autour de la table des négociations pendant la COP21 (21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), mais ils peuvent néanmoins profiter de l’événement pour faire connaître leurs actions auprès des différentes parties prenantes au débat. Objectif des négociations qui auront lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris : aboutir à un accord international sur le climat pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de deux degrés. Au-delà des compagnies directement partenaires de la COP21 (Axa, Generali, CCR, Scor) ou du side event parisien du Grand Palais, Solutions COP 21 (Generali), l’événement est un porte-voix pour la profession, laquelle peut ainsi mettre en avant son rôle central sur les sujets climatiques. « Nous sommes très légitimes pour parler de la COP21, puisque notre métier consiste à prévenir et gérer les risques. Et on parle là d’un risque considérable : si la température augmente de plus de deux degrés d’ici 2100, le monde sera difficilement assurable », certifie Nicolas Moreau, PDG d’Axa France. D’où la multiplication des engagements des compagnies, en particulier via le programme des Nations unies pour l’assurance durable (UNEP FI PSI), qui a entre autres été signé par Aegon, Axa, Allianz, Aviva, Generali, Mapfre, Munich Re, RSA, Scor, Swiss Re, et plusieurs bancassureurs.

Potentiel d’entraînement

Au-delà de ce type d’initiatives, les assureurs ont un potentiel significatif d’entraînement des particuliers et des entreprises qu’ils assurent. Ils participent ainsi à la protection de l’environnement de manière très concrète par la commercialisation de produits d’assurance encourageant des comportements responsables. Selon l’Association française de l’assurance (Afa), 75 % du marché français de l’assurance a développé un contrat ou une garantie spécifique visant à faire adopter à l’assuré un comportement écoresponsable. Et 81 % du marché dispose d’une offre couvrant les nouveaux risques liés au développement durable. Pour les particuliers, des assurances auto sont spécialement conçues pour encourager les automobilistes à prendre le vélo ou les transports en commun, tout comme certains assureurs (Maaf, GMF) proposent des réductions de primes sur les habitations « propres ».

Pour les entreprises aussi, les assureurs proposent des produits favorables à la démarche RSE. Generali a d’ailleurs engagé une démarche complète en ce sens. « Avec 800 000 entreprises et professionnels clients, nous pouvons jouer un rôle d’entraînement important. Nous avons ainsi lancé en 2006 ce qui est aujourd’hui devenu la méthode Generali performance globale pour aider les entreprises clientes et prospectes à mettre en place une approche globale des risques d’entreprises, qui intègre des critères de responsabilité sociale et environnementale. Les meilleures sont labellisées et obtiennent des réductions de primes sur leur assurance, des garanties supplémentaires et un dispositif d’accompagnement à l’amélioration continue », détaille Marie-Christine Lanne, directrice de la communication et des engagements sociétaux. Du gagnant-gagnant ! D’autant plus que l’assureur observe des sinistres en baisse de plus de 30 % pour les entreprises qui suivent le programme. Cette méthode a été « industrialisée » depuis le printemps 2015 et sera développée auprès d’autres publics que les ETI et PME d’ici la fin de l’année. La prévention est par ailleurs un axe sur lequel les assureurs peuvent peser, aussi bien auprès de leurs clients que de leurs collaborateurs. Selon l’Afa, 78 % du marché français de l’assurance mène des actions de sensibilisation et de prévention au changement climatique.

Modélisation à affiner

Si les initiatives sont de plus en plus nombreuses, certains estiment que la mobilisation de la profession n’est pas encore à la hauteur des enjeux. Pourtant, les assureurs les connaissent bien, étant en première ligne dans la modélisation et la gestion des catastrophes naturelles. Selon Munich Re, 980 événements sont survenus en 2014 pour un coût global de 110 Md€, dont 35 Md€ ont été pris en charge par l’assurance. De quoi ne pas laisser de marbre un réassureur comme Scor : « J’ai l’honneur de coprésider, avec Shuzo Sumi, président de Tokio Marine, le groupe de travail créé par l’Association de Genève et consacré au changement climatique et aux événements extrêmes. Les assureurs et réassureurs ont étudié à l’aide de modèles sophistiqués les effets du changement climatique à moyen et long terme. Parmi les interrogations liées à ce sujet, citons l’émergence de cyclones dans des régions jusqu’ici non touchées tel que le Brésil, la multiplication de phénomènes microclimatiques destructeurs tels que les tornades ou les chutes de grêle, l’aggravation du phénomène des inondations comme au Royaume-Uni ou en Europe centrale, les ondes de tempête », affirme Denis Kessler, PDG de Scor. Mais pour beaucoup, il faut avant tout mettre l’accent sur une modélisation plus fine des aléas climatiques. D’où l’idée de Generali de monter « une équipe pluridisciplinaire avec notamment un climatologue et un géographe, intégrés aux équipes actuarielles. Cela doit nous permettre de dresser une cartographie plus fine des territoires, de leurs expositions aux phénomènes climatiques et des risques associés. La modélisation est par exemple à parfaire en prenant mieux en compte les interrelations entre les études sur l’atmosphère, l’évolution des océans, de la flore et des forêts, et les conséquences du développement économique ».

Investissements verts

Les assureurs peuvent en outre peser de tout leur poids (2 141 Md€ en 2014) sur le changement climatique en tant que gestionnaires d’actifs financiers, en investissant dans des placements labellisés Investissement socialement responsable (ISR) et/ou en passant leurs actifs au tamis des critères dits ESG, pour environnement, social et gouvernance. Ce, « à condition que les cadres prudentiels auxquels ils sont soumis ne pénalisent pas ces investissements via des chargements prudentiels coûteux », relève Denis Kessler. Car les assureurs sont les plus gros consommateurs d’ISR. « Ils ont pris le lead sur la notion d’intégration de critères ESG dans la gestion financière au sens large. Ils y convertissent d’ailleurs généralement l’ensemble de leurs fonds propres, ce qui représente des volumes très importants », constate Anne-Catherine Husson-Traoré, DG de Novethic. L’agence de recherche sur l’investissement responsable constate qu’avec près de 400 Md€ investis, dont 110 Md€ en ISR et 275 Md€ en intégration ESG, les assureurs représentent les deux tiers de l’investissement responsable français. Dix-huit pourcents des placements financiers des sociétés d’assurance prennent alors en compte des critères « responsables ». La marge de progression reste importante !

Les assurés hors-jeu

Les assureurs peuvent-ils refroidir la planète - Graphique

Certains ont déjà pris de nouveaux engagements. Le groupe Axa a annoncé vouloir tripler le montant de ses investissements verts pour atteindre plus de 3 Md€ d’ici 2020. Quant à CNP assurances, il envisage 1 Md€ d’investissements dédiés à la transition énergétique d’ici fin 2017. Le groupe Aviva a, lui, fait part de son intention de consacrer 4 Md€ à l’investissement vert d’ici 2020. Et nombreuses sont les compagnies qui ont déjà signé les Principes pour l’investissement responsable (PRI) : entre autres CNP assurances, Allianz, Axa, Aviva, Crédit agricole assurances, Generali, Humanis, Maif, Munich Re, Swiss Re, Zurich Insurance, ainsi que de nombreuses sociétés de gestion. La pratique même de l’ISR a par ailleurs évolué : « Chez CNP assurances, nous étendons notre veille ESG et notre gestion Best in class [sélection des meilleurs émetteurs au sein de leur secteur d'activité, NDLR] aux autres compartiments d’actifs que les actions. Ainsi, nous évaluons le respect de l’environnement pour les obligations d’entreprises ou l’immobilier. Pour les obligations souveraines, nous jugeons le niveau de démocratie, des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption. Plus de 80 % de nos actifs disposent, au final, d’une gestion intégrant les critères ESG », explique Dorothée de Kermadec-Courson, directrice de la conformité et du développement durable de CNP assurances. Problème : les assurés ne sont pas vraiment au courant de cette démarche vertueuse. « Ce qui est regrettable, c’est que les assurés investissent dans l’ISR sans même le savoir. À l’exception de Maif, les assureurs ne communiquent pas auprès de leurs clients sur ce sujet. Il faut faire grandir les clients de manière à ce qu’ils s’intéressent à ce qui est fait de leur épargne. On veut toujours plus de traçabilité pour nos aliments, cela devrait être aussi le cas pour notre épargne », regrette Anne-Catherine Husson-Traoré.

Mesures d’exclusion

De plus en plus d’investisseurs institutionnels marquent également leur engagement en excluant certains secteurs d’activité de leurs portefeuilles (entreprises très polluantes liées au charbon, aux énergies fossiles, au pétrole et au gaz non conventionnel, ou ne respectant pas les conventions internationales). À l’instar du groupe Axa, qui a annoncé la cession de 500 M€ de participations détenues dans des entreprises liées au charbon d’ici la fin de l’année. Une démarche qui interroge pourtant CNP assurances : « En pratique, les émissions de carbone sont concentrées sur quelques acteurs (pétrolières, cimentiers, énergéticiens, etc.). Les exclure de notre portefeuille ferait-il de nous un acteur économique responsable ? Il faut avant tout poursuivre le dialogue avec les émetteurs pour qu’ils s’engagent vigoureusement en faveur de la transition énergétique. Dans le portefeuille de CNP assurances, les détentions dans les activités liées au charbon sont ainsi très faibles en volume et via des entreprises pour lesquelles le charbon est marginal », soutient Dorothée de Kermadec-Courson. Ces démarches d’exclusion font aussi l’objet d’une vigilance particulière de la part de Novethic : « Aujourd’hui, l’ISR joue majoritairement un rôle de filtre et d’alerte sur les risques ESG sans forcément aboutir à des décisions d’investissement. L’ISR efficace est celui qui change la donne. Dans le cas de Volkswagen, certains, peu nombreux, l’excluaient de leurs portefeuilles en raison du manque de crédibilité du constructeur sur la conformité aux normes environnementales, mais le titre restait présent dans des portefeuilles ISR best in class classiques. Or, la valeur ajoutée de l’analyse ESG consiste à ne pas être investi dans les entreprises confrontées à des accidents industriels qui coûtent des dizaines de milliards d’euros. Les assureurs devraient alors se demander la chose suivante : nos modèles et tables de probabilité intègrent-ils réellement les bons risques ? », déclare Anne-Catherine Husson-Traoré. Un nouveau sujet fait également son apparition, avant même l’application de l’article 173 de la loi de transition énergétique française, à savoir le calcul et la publication de l’empreinte carbone des portefeuilles d’actifs. Axa comme CNP assurances ont ainsi signé le Montréal Carbon Pledge, qui leur impose d’évaluer et de publier l’empreinte carbone de leurs investissements d’ici fin 2015.

Avis de recherche

Enfin, la recherche et l’innovation peuvent être financées et abondées par les compagnies sur le sujet du changement climatique. « Grâce au Fonds Axa pour la recherche, nous investissons plus de 26 M€ par an dans différentes chaires. Nous finançons aujourd’hui 150 projets de recherche sur l’environnement », signale Nicolas Moreau. Avant d’ajouter : « Nous sommes de plus en plus associés à des projets sur les villes autonomes, en partenariat par exemple avec l’université de Stanford ou les entreprises Schneider et Suez ». Axa a par ailleurs publié avec le UNEP FI PSI une étude fin octobre sur la résilience des villes et des entreprises face au changement climatique. Un sujet suivi également de près par Scor : « Récemment, des études passionnantes menées par Erwann Michel-Kerjan, membre du conseil de la Fondation Scor, ont été réalisées à la Wharton School sur la façon dont les villes devaient se repenser à la lumière des possibles catastrophes qu’elles sont appelées à affronter », évoque Denis Kessler. Des recherches et des évolutions qui n’aboutiront pas sans un dialogue renforcé avec les autres parties prenantes. « Il faudrait créer plus de passerelles sur le sujet avec le secteur de la recherche et le secteur public. Cela permettrait aux assureurs d’être partie prenante des discussions des collectivités sur l’aménagement des territoires, notamment dans les zones surexposées aux risques naturels, comme le pourtour méditerranéen par exemple », estime Marie-Christine Lanne. Ce que confirme Nicolas Moreau : « Nous gagnerions à dialoguer encore davantage sur ces sujets avec les universités, les pouvoirs publics (pour discuter en particulier d’un ajustement du régime cat nat), les municipalités (pour développer des plans de prévention des risques de meilleure qualité) et les régions. » Finalement, si l’écoblanchiment est toujours en embuscade lors d’événements comme la COP21, « les démarches en matière de développement durable sont des processus de long terme. Cela ne peut pas être le grand soir uniquement pour la COP21, cela ne serait pas crédible », conclut Marie-Christine Lanne.

Laura Fort

Journaliste à La Tribune de l’assurance

Article paru dans le numéro 207 (Novembre 2015) de La Tribune de l’Assurance

Les initiatives qui les ont marqués hors du secteur de l’assurance

Nicolas Moreau
Nicolas Moreau (Axa France) : « Je retiendrais le développement des voitures électriques par Toyota et Lexus, les pneus plus efficaces avec un sourcing plus vert de Michelin, ou la démarche cosmétique de L’Oréal. »

Anne-Catherine Husson-Traoré (Novethic) : « Le Science Based Target, qui définit secteur par secteur le quota de budget carbone restant. Cette approche permet de passer d’une logique d’engagement de réduction d’émissions, gage de bonne volonté, à des objectifs de réduction à la hauteur de l’enjeu, c’est-à-dire maintenir le réchauffement climatique en deçà de deux degrés. C’est l’initiative qui a selon moi le plus de potentiel pour changer les raisonnements sur le risque climatique. »

Marie-Christine Lanne (Generali France) : « La politique de réduction d’empreinte carbone sur le long terme d’entreprises comme Schneider Electric ou d’entreprises familiales que nous avons labellisées en RSE. Par exemple, le groupe Millet (fabricant de portes et fenêtres), qui passe toute son activité au crible du développement durable, ou le groupe Serge Ferrari (fabricant de matériaux composites souples), qui recycle tout, et qui a entre autres travaillé pour les JO de Londres ou pour la dernière exposition d’Anish Kapoor à Versailles. »

Zoom sur – L’encombrant article 173 de la loi de transition énergétique

Les assureurs peuvent-ils refroidir la planète - Tableau
L’article 173 (ex-article 48) de la loi de transition énergétique fait de la France le premier pays à imposer aux investisseurs institutionnels la publication de leur stratégie ESG (environnement, social, gouvernance) attachée à leur politique d’investissements et des moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique dans les rapports annuels et auprès des souscripteurs. Vaste programme ! Cette obligation encourage un calcul de l’empreinte carbone des portefeuilles d’actifs et s’imposera à tous les acteurs du secteur (assureurs, réassureurs, mutuelles, IP, etc.). L’article a pourtant été attaqué par la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA), dont le lobbying a été entendu par des députés Les Républicains. Ceux-ci ont dénoncé devant le Conseil constitutionnel une « atteinte excessive à la liberté d’entreprendre » et à la « liberté d’investissement garantie aux entreprises d’assurance ». Las ! Les Sages l’ont validé et cette disposition pourrait donc s’appliquer à compter de l’exercice clos fin 2016. Au final, l’article 173 génère des réactions ambivalentes de la part des assureurs. D’un côté, l’outil peut avoir des effets positifs selon Dorothée de Kermadec-Courson, directrice de la conformité et du développement durable de CNP assurances : « Cela va nous permettre de réfléchir à la manière dont nous pouvons nous servir de cet indicateur pour piloter nos portefeuilles d’actions. Mais nous sommes vigilants pour que la complexité du processus de collecte ne pénalise pas les investissements dans certains compartiments d’actifs, les PME par exemple. » D’un autre côté, Denis Kessler, PDG de Scor, en souligne les limites : « La mesure des émissions de gaz à effet de serre, par exemple, pourra difficilement s’appliquer à toutes les classes d’actifs dans la mesure où, pour plusieurs d’entre-elles, les méthodes de calcul sont encore à un stade expérimental. De même, l’évaluation de la contribution du portefeuille d’actifs à la transition énergétique et écologique posera indubitablement la question du périmètre des actifs à prendre en compte, à savoir : les actifs investis en France, et donc contribuant potentiellement à la transition énergétique et écologique en cohérence avec la stratégie nationale bas carbone, ou les actifs placés en contrepartie des passifs souscrits, eux, à l’international. »

Témoignage

Dorothée de Kermadec-Courson, Directrice de la conformité et du développement durable de CNP assurances, et présidente de la commission de développement durable de l’Afa

Dorothée de Kermadec-Courson

« Tous les défis de la transition climatique constituent un enjeu de place »

« La profession est associée à la COP 21 car nous sommes à la fois acteurs de prévention, porteurs de risques et enfin gestionnaire d’actifs financiers.L’Association française de l’assurance (Afa) l’a réaffirmé en en signant la déclaration commune de la place financière de Paris, lors du Climate Finance Day en mai dernier, et la déclaration de Sendaï. Et les représentants des fédérations d’assureurs du monde entier se réuniront en novembre pour la conférence organisée chaque année à la Maison de l’assurance. Celle-ci traitera de l’impact de Solvabilité II sur les investissements d’infrastructure, notamment pour la transition climatique.

La Commission développement durable de l’Afa, que je préside, est aussi très active sur ces sujets, en particulier avec deux groupes de travail dédiés : l’un sur la COP21, et l’autre sur la gestion d’actifs responsables. L’un des premiers sujets de travaux est l’application de la loi de transition énergétique, et en particulier son article 173, relatif à l’information des investisseurs institutionnels sur la prise en compte de la TEE (transition énergétique et écologique) dans leur gestion d’actifs. Tous ces défis représentent un enjeu de place !

De plus, l’Afa a intégré la Commission développement durable du Medef, ce qui favorise l’échange d’informations entre différents secteurs. »

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