La vie de l'ESA

Dépenses publiques de santé

Les dépenses publiques de santé en France représentent environ 11% de la richesse nationale, comme le rappelle Didier Tabuteau, l’un des intervenants du débat retranscrit dans cet article, portant sur la question de la politique menée par la France en termes de dépenses publiques consacrées à la santé.

D’autre part, la conception que l’opinion publique a de la santé a, quant à elle, fortement évolué ces dix dernières années : en effet, comme le rappelle André Grimaldi, l’autre intervenant du débat retranscrit dans cet article de Libération datant du 26 mars 2010, alors que la santé était conçue, jusqu’à une date récente, comme une « absence de maladie », l’OMS la définit aujourd’hui comme un « état de bien-être ».

Cette évolution de la notion de « santé » est d’une importance fondamentale (à telle point que l’on peut dire avoir assisté à une sorte de « petite révolution ») puisque l’on est passé d’une définition négative à une définition positive de l’état de santé : par conséquent, déclarer « ne pas être malade » ne suffit plus aujourd’hui à un individu pour se dire en bonne santé, il lui faut maintenant pouvoir ajouter qu’il « se sent bien ».

Cette évolution de la conception que l’opinion publique se fait désormais de la santé a augmenté les exigences que les patients ont envers le système public de santé et de soin. L’on demande désormais aux médecins non seulement qu’ils guérissent les maladies et les troubles fonctionnels de l’organisme, mais aussi qu’ils donnent la possibilité aux patients d’atteindre un âge avancé dans un état général qui leur permette de continuer à bénéficier d’une bonne qualité de vie.

Cependant, pour satisfaire à cette nouvelle mission qui lui est assignée, le secteur de la santé a besoin de plus en plus de moyens, ce qui explique la hausse constante des dépenses publiques de santé de la part de l’Etat. Cet état de fait commence alors à poser de nombreux problèmes en termes de gestion des coûts liés aux frais de santé.

Face à cette nouvelle situation, comment l’Etat doit-il gérer la part de son budget consacrée aux dépenses publiques de santé ? Quelles sont les nouvelles problématiques auxquelles les dirigeants vont devoir faire face ? Comment le débat public sur la question des dépenses publiques de santé va-t-il devoir s’organiser ? C’est à cette série de questions que répondent ici, en défendant leur point de vue, les deux intervenants, André Grimaldi (Chef du service diabétologie du groupe hospitalier la Pité-Salpêtrière) et Didier Tabuteau (Responsable de la chaire santé de Sciences-Po, du CAPPS et de l’EHESP), modérés par Eric Favereau ( Journaliste à « Libération »).

Le coût du bien-être ?

André Grimaldi

Chef du service diabétologie du groupe hospitalier la Pitié Salpêtriere

En définissant la santé non pas comme une absence de maladie mais comme un « état de bien-être », l’OMS a assimilé la santé au bonheur. La santé n’a donc pas de prix, mais elle a un coût. Cette contradiction mérite réflexion.

Si la perte de santé est le malheur, il est normal que l’on dépense de plus en plus pour prolonger la durée de vie en bonne santé. Il est absurde de ne pas organiser la prévention ou de laisser se développer des pathologies secondaires aux désordres sociétaux et environnementaux. L’augmentation inéluctable du coût de la santé pose le problème de sa régulation. Etonnamment, en cette période de crise, les néolibéraux proposent la régulation par le marché au risque d’une aggravation des inégalités.

Confier le financement et la gestion de la santé aux assureurs privés suppose de transformer la médecine en marchandise et l’hôpital en entreprise. Si l’accès à la santé échappant au marché est un droit garanti par un financement solidaire, on doit considérer que tout gaspillage en la matière est inacceptable. Si les besoins de santé sont potentiellement infinis, force est de fixer des limites à leur remboursement par la solidarité. Quels besoins doivent rester à la charge des ménages ? Qui doit décider ? Faut-il augmenter la part des mutuelles et des assureurs privés dans le financement ? Comment augmenter les recettes de la sécurité sociale ? Si la bonne santé est une condition du bonheur privé, une société qui ne peut pas réfléchir, débattre et décider de sa santé, ne saurait être une société heureuse.

Didier Tabuteau,

Responsable de la chaire santé de Sciences-Po, du CAPPS et de l’EHESP

Onze pour cent de la richesse nationale pour la santé. Faut-il s’en inquiéter ? Faut-il s’en réjouir ? Le débat revient régulièrement, en vain… Pour certains on dépense trop et le système de santé n’est pas efficient. Pour d’autres notre effort collectif a permis de développer une médecine de qualité et d’améliorer l’état de santé de la population. La question de notre investissement collectif en santé, essentielle, est délicate à appréhender.

En 2007, deuxième pays, après les États-Unis, pour la part de la santé dans le PIB, la France n’était qu’au 8e rang de l’OCDE pour la dépense par habitant ; preuve d’une consommation médicale moins dispendieuse qu’on ne l’imagine ! De plus, si ces chiffres traduisent l’activité du système de santé, ils n’expriment pas l’essentiel des actions de santé publique : sécurité alimentaire et routière, santé au travail, environnement, logement, éducation… Alors dépenser pour la santé, oui ! Mais sur des objectifs précis : réduire les inégalités par des politiques, volontaristes et ciblées, pour limiter la mortalité prématurée, très inégalitaire ; étayer notre confiance en l’avenir en mettant fin à la dégradation des conditions d’accès aux soins des plus modestes et garantir la solidité du pacte social par l’universalité des prestations d’assurance maladie et un niveau satisfaisant de remboursement des soins courants. Le débat sur la santé est par nature politique. Il doit sortir des cercles d’experts. Le débat démocratique est aussi une clé du bonheur collectif.

Article paru dans « Libération »,
le 26 mars 2010

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