La vie de l'ESA

Le patrimoine des ménages

Il n’est pas exagéré d’affirmer que l’un des traits caractéristiques qui a le plus marqué, après-guerre, la période dite des « Trente Glorieuses » était la confiance des Français en l’avenir. Cette confiance en l’avenir s’est traduite, démographiquement, par le fameux phénomène de « Baby Boom » et, économiquement, par l’investissement massif des ménages dans des produits d’épargne. En effet, il est logique qu’un pays qui a confiance en son économie (et surtout en la solidité de cette dernière) investisse dans des produits financiers qui sont rentables sur le long terme : c’est pourquoi, pendant de nombreuses décennies, une partie très importante du patrimoine des ménages en France était constituée de produits financiers.

Aujourd’hui, surtout après la crise qui a commencé à frapper les Etats-Unis en 2006, avant de s’abattre sur l’Europe fin 2008, la confiance des Français en l’avenir a été – c’est le moins que l’on puisse dire – sérieusement ébranlée. Cette « crise » (sans mauvais jeu de mots) de la confiance des Français dans le système économique et bancaire, s’est traduite par une évolution notable du patrimoine des ménages, évolution qui s’est accélérée à la fin de la première décennie des années 2000.

L’Insee a publié fin novembre 2010 une étude sur le patrimoine des ménages : cet article de Frédéric Schaeffer, en date du 30 novembre 2010, est une synthèse tirant les principales conclusions de ce rapport.

Le principal enseignement que l’auteur retire de la lecture du rapport 2010 de l’Insee sur le patrimoine des ménages est que la perte de confiance des Français en l’avenir, et surtout en leur économie, se traduit par une augmentation des investissements dans les biens immobiliers (= la « pierre »), au détriment des investissements dans les produits financiers.

Patrimoine des ménages en 2010

Au moment où le gouvernement s’apprête à ouvrir le vaste chantier de la réforme de la fiscalité du patrimoine, l’lnsee publie aujourd’hui une étude instructive sur la façon dont les Français placent leurs économies. Premier enseignement, ce sujet concerne une très large majorité de la population : début 2010, 92 % des ménages détiennent des produits financiers et 62 % disposent d’un bien immobilier.

Deuxième enseignement, les Français gèrent au plus près des réformes fiscales et de la conjoncture. « En matière de choix de portefeuille, les ménages arbitrent en faveur de placements moins risqués », note l’institut.

Cela se voit, d’abord par la part des ménages propriétaires, qui « s’est plus accrue que celle des ménages détenteurs d’un patrimoine financier » au cours des douze dernières années. La pierre étant considérée comme un investissement sûr, 58 % des Français détiennent leur résidence principale et près de 19 % possèdent une résidence secondaire ou un logement dit « de rapport », c’est-à-dire le plus souvent mis en location.

Cette volonté de sécuriser son patrimoine se constate également dans les placements financiers. Depuis 2004, date de la dernière étude de l’Insee, « la détention de placements financiers est presque stable, mais elle cache des évolutions opposées selon le type d’actifs et un recentrage du portefeuille patrimonial financier sur quelques produits », constate l’institut. La crise a « très probablement incité les ménages à se replier sur les produits jugés moins risqués et plus liquides ».

Ainsi, le PEA recule « pour la première fois depuis sa création, en 1992 ». Un ménage sur cinq possède des valeurs mobilières (PEA, Sicav, FCP…), contre un sur quatre il y a seulement six ans.

Valeurs refuges par excellence, les livrets restent, eux, très populaires : 85 % des ménages en possèdent au moins un.

L’épargne retraite progresse

Patrimoine des ménages 2010

Patrimoine des ménages 2010

Le succès de l’assurance-vie se confirme (voir graphique), 60 % des assurés n’ayant que des contrats en euros. La part des ménages qui possèdent un produit d’épargne retraite s’est également accrue (à 12 %) avec l’arrivée en avril 2004 du Plan d’épargne retraite populaire (PERP), ce nouveau produit étant désormais détenu par 4 % des ménages. « Les ménages semblent se porter vers une épargne de prévoyance plutôt que vers une épargne de long terme moins sûre », ajoute l’Insee.

Au-delà, cette recomposition du patrimoine s’est faite « au détriment de l’épargne logement ». En 1998 comme en 2004, plus de 40 % des ménages détenaient un PEL ou un CEL. Cette proportion est tombée à 31 % aujourd’hui, un niveau « inférieur à celui du début des années 1990 ». L’lnsee explique cette désaffection par les changements fiscaux : recentré sur son objectif d’aide à l’accès à la propriété, le PEL a fait fuir les ménages qui l’utilisaient comme un simple placement. C’est d’ailleurs pour cela que Bercy vient d’engager une vaste réforme du PEL.

Frédéric Schaeffer

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