La vie de l'ESA

Le microcrédit en France

Le microcrédit en France se développe dans un contexte bien différent de celui dans lequel il se développe dans d’autres pays, comme l’Inde par exemple. En effet, alors que le secteur du microcrédit est en train d’exploser en Inde, dans la mesure où il génère, surtout depuis ces cinq dernières années, des montants de profit considérables (pour en savoir plus, voir « La face cachée de la microfinance en Inde »), en France, les acteurs sur le « marché » du microcrédit n’arrivent pas même à atteindre l’équilibre financier.

Cet article, écrit par Adrien de Tricornot et paru dans « Le Monde » le 31 juillet 2010, dresse tout d’abord un « état des lieux » du secteur du microcrédit en France : cet état des lieux révèle qu’il s’agit d’un secteur déficitaire. L’auteur s’attèle ensuite, en se fondant notamment sur le témoignage de Maria Nowak, présidente de l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), à déceler les causes qui entravent le développement du secteur du microcrédit en France.

Enfin, au terme de cette brève analyse, une piste est suggérée, à la fin de l’article, pour permettre au microcrédit en France de devenir une activité, sinon rentable, du moins non déficitaire, sans pour autant renoncer à sa vocation sociale, voire « humanitaire » (le but du microcrédit étant, rappelons-le, de permettre aux plus démunis et/ou aux exclus du système bancaire classique, d’acquérir un droit à l’initiative économique, en se voyant accorder des prêts pour le développement de leur activité économique).

En France, le microcrédit n’arrive pas à atteindre l’équilibre

Les acteurs français du microcrédit sont bien loin de réfléchir à une entrée en Bourse… Pionnière et principale opératrice du secteur en France, l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) aimerait déjà parvenir à équilibrer les seuls coûts de son activité de prêt – hors accompagnement professionnel et social de ses clients – d’ici quelques années, pour pérenniser sa mission.

En 2009, elle a accordé 14 600 micro-crédits à des exclus du système bancaire : chômeurs de longue durée, titulaires des minima sociaux, Roms et gens du voyage (10 % de la clientèle), personnes illettrées… Ce n’est pas le risque que représenteraient ces créateurs d’entreprise qui pose problème : leurs micro-activités sont aussi pérennes que la moyenne des entreprises créées en France. Mais le temps passé à rencontrer les clients potentiels, à les guider et à traiter des petits dossiers s’ajoute au coût de la ressource financière et rend l’équilibre économique très difficile à atteindre. D’autant plus que la réussite des clients les amène ensuite à partir vers le réseau bancaire classique…

Le taux d’intérêt de I’ADIE, de l’ordre de 13% par an, est parfois critiqué. Pourtant, il n’est pas suffisant pour couvrir les frais, soulignait le rapport sur le microcrédit publié en décembre 2009 par l’Inspection générale des finances :

« D’après les calculs de la mission et compte tenu du faible montant de ses prêts, l’équilibre ne serait atteignable pour l’ADIE que moyennant un triplement de sa productivité ou un taux d’intérêt d’environ 32% ce qui ne paraît pas possible. En revanche, un équilibre semble atteignable pour des opérations d’un montant supérieur. »

L’ADIE emploie 500 permanents aidés par près de l500 bénévoles. Présidente et fondatrice, Maria Nowak explique que si le but est social, le développement passe par les lois d’airain de l’économie : les initiatives européennes de soutien au secteur sont ainsi constituées « de lignes de crédit, de garanties et de prises de participation, pas de dons ».

Aider l’accompagnement

Mme Nowak ajoute que ses crédits sont « proportionnés » au budget de ses clients, « en veillant à ce qu’ils en tirent un bénéfice supérieur au coût du prêt ». Soit des échéances mensuelles d’environ 150 euros pour un prêt de 2 800 à 3 000 euros sur moins de deux ans. « Nos clients bénéficient, en parallèle, de primes régionales ou d’avances remboursables à taux zéro et d’un accompagnement gratuit. Le coût total des services est donc très bas », justifie Mme Nowak.

Il serait donc, selon elle, plus judicieux d’aider davantage l’accompagnement des créateurs et de les aider à obtenir des fonds propres, plutôt que de se concentrer sur la question du taux d’intérêt : « Bonifier les crédits ne coûterait pas très cher à l’Etat ou aux collectivités locales, qui le pratiquent occasionnellement. Mais un système administré ne permettrait pas de bâtir un modèle viable. L’enjeu est de construire un secteur financier ouvert à tous. Il faut accepter que le service soit payé. Pour les banques, c’est plus facile : elles ont déjà un réseau et travaillent au coût marginal », souligne-t-elle. En développant davantage le microcrédit dans leurs agences, les banques pourraient aider à satisfaire une demande loin d’être épuisée.

Adrien de Tricornot

Article paru dans « Le Monde », le 30 juillet 2010

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