La vie de l'ESA

Newsletter n°27: L’assurance face à « l’ordre mondial 2.0″

Chère Madame, cher Monsieur, chers Amis,

Il ne semble pas superflu de rappeler qu’entre le début des années 2000 et aujourd’hui, le monde a bien changé, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis étaient la superpuissance dominante au sein du monde occidental. Cette domination s’est étendue, dans les années 1990-2000, à l’ensemble du monde, suite à l’écroulement de l’Union Soviétique. La suprématie américaine provenait à la fois de la force économique, financière et militaire que représentait cette nation, et du fait qu’après la disparition de l’URSS, peu de pays pouvaient rivaliser en puissance avec les USA.

Aujourd’hui, en 2017, la donne n’est plus la même. La Pax Americana fournissait jusqu’alors une certaine stabilité au monde, qui, en contrepartie de cette sécurité, devait accepter l’implantation du triple modèle politique, économique et social américain, dans les zones qui décidaient de se placer sous la protection de l’« Oncle Sam ». Cette stabilisation du monde portée par la puissance des Etats-Unis d’Amérique, explique que la mondialisation a, dans sa première phase, été synonyme d’instauration d’un monde tendant à l’ « unipolarité ».

Or, c’est ce monde « unipolaire » qui est aujourd’hui remis en question par des nations et/ou des civilisations ne se reconnaissant pas dans les valeurs démocratiques, se voulant universelles, mises en avant jusque-là par les puissances occidentales, avec les USA en tête de proue.

La Russie a été l’une des puissances, par l’intermédiaire de la voix de son Président, à s’ériger contre la domination occidentale dans les relations internationales, et à se faire la porte-parole d’une mondialisation multipolaire, tenant compte et intégrant les particularismes propres à chaque culture. C’est clairement la position défendue dans l’extrait du discours de Vladimir Poutine, présenté dans le dossier ci-dessous : or, la Russie se donnant les moyens de « renaître de ses cendres », ces mots sont moins des déclarations d’intentions que l’exposé d’un programme que le maître du Kremlin a pour ambition d’appliquer.

La Chine, peut-être la première superpuissance du XXIème siècle, s’érige, elle aussi, à l’encontre des positions américaines, quoique de façon moins directe, et en adoptant parfois des positions ambiguës. Son atout par rapport à la Russie est que son développement économique la met en mesure de devenir au XXIème siècle « un », sinon « le » pôle majeur des échanges commerciaux à l’échelle internationale, d’autant plus qu’elle détient une part majeure de la dette américaine… Cette position de force acquise par ce pays a considérablement joué en faveur du Président américain nouvellement élu lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis, dans la mesure où une partie de sa campagne a été bâtie sur l’anti-pékinisme.

Enfin, le dernier facteur qui augmente l’incertitude des temps que nous vivons est l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. En effet, tant ses usages diplomatiques que ses positions politiques et idéologiques, laissent entrevoir une mandature en rupture avec plusieurs des lignes qui furent jusqu’alors traditionnellement en vigueur dans la politique internationale américaine depuis l’après-guerre. La remise en question de l’OTAN est l’un des exemples illustrant qu’il s’agit bien ici d’une période de rupture.

De ces différents constats, nous pouvons tirer la conclusion que la notion d’ « incertitude » semble caractériser au mieux l’état du monde actuel (remarquons que cette notion s’applique également parfaitement au scrutin qui résultera de l’élection présidentielle en France). Or, cette explosion de l’imprévisible va avoir des conséquences pour l’assurance… Non seulement la géopolitique va peser de plus en plus dans les décisions d’expansion et de développement des groupes à l’international, mais aussi le « risque politique » a toutes les chances de devenir un marché en expansion.

Mais si l’assureur maîtrise l’ « aléa », peut-il en dire autant de l’ « incertitude » ? Et dans ce cas, un marché du « risque politique » en pleine expansion se présenterait-il aux assureurs comme une « poule aux œufs d’or » ou comme une « pomme empoisonnée » ?

A méditer…

Patrice-Michel Langlumé

Président de l’Ecole Supérieure d’Assurances


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